Nicole et la Maison Autogérée des Habitants

Mercredi 27 mai 2022. Il est 8h10 quand Nicole Vieujoix se lève, et part faire sa balade matinale, comme à son habitude, dans les chemins de Pinet. Avec ses 78 ans au compteur et une vie active depuis plus de 30 ans sur la commune de Saint-Martin d’Uriage, elle est parmi les icônes du village !

Il fait un temps légèrement voilé mais étonnamment chaud et sec pour la saison, comme c’est devenu de plus en plus fréquent depuis quelques années déjà… Une gourde dans son sac, et à la main la tronçonneuse qu’elle a réparée pour son voisin, Nicole part donc pour son tour du hameau. Elle y rencontre quelques amis, et revient finalement une heure plus tard, sans la tronçonneuse mais avec son pantalon bleu à la place, qu’un autre voisin lui a raccommodé et qu’elle est passée récupérer.

Les chemins avaient été grandement rénovés et étendus depuis deux ans, grâce à de nombreux chantiers participatifs, deux associations et une aide financière de la région. Piloté par une commission citoyenne et les conseils de hameaux, le projet avait permis l’emploi et la formation de nombreux jeunes durant les étés ainsi que de joyeux évènements populaires autour des chantiers. Et surtout, grâce à la participation des habitants, leur enthousiasme et leur expertise d’usage, il y avait à présent dans toute la commune un réseau très pratique de chemins piétons et pistes cyclables, biens aménagés et entretenus tout au long de l’année. Nicole avait d’ailleurs activement participé au tracé des nouveaux itinéraires, et elle en était ravie depuis…

A 15h, elle se rend tranquillement à la Maison Autogérée des Habitants de Pinet. Il n’y a pas encore grand monde à cette heure : juste Corentin, 16 ans, qui lit dans un coin et discute avec un ami, et Marie, la jeune auto-entrepreneuse récemment arrivée qui profite des moments où elle ne travaille pas pour venir ici. Après les avoir salués et avoir pris un sirop de vulnéraire, Nicole s’installe dans une des pièces adjacente au salon et sort les cours de français qu’elle a préparés pour Samir, un ressortissant syrien accueilli chez un voisin par une association. Le voici d’ailleurs qui arrive quelques minutes plus tard en compagnie de Michel, le maraîcher avec qui il travaille, et de sa fille de 8 ans. Après quelques bavardages et un coup de balai passé dans l’entrée par Michel, tous les trois se retrouvent avec Nicole pour le cours de langue.

Cette Maison autogérée des Habitants avait été construite sur une vieille grange rénovée il y a un an, et il y en avait une dans chaque hameau de la commune : 8 en tout. Il s’agissait de lieux multi-usages, ouverts aux habitants en permanence et gérés directement par ces derniers. Chacun pouvait y venir quand il le souhaitait et pour y faire ce qu’il souhaitait, tant qu’il en respectait les règles de fonctionnement. Ainsi ces Maisons autogérées étaient devenues de vrais lieux de vie et de rencontre, avec de nombreuses utilisations. Des associations y animaient différentes activités, des cours de communication non-violentes aux ateliers de jardinage, en passant par des séances de cinéma. Les habitants pouvaient aussi eux-même prendre l’initiative d’y organiser quelque chose directement : un débat comme un concert amateur ou de simples apéros entre voisins… Des agents municipaux et des bénévoles se relayaient également pour proposer tous les services publics, aides ou informations nécessaires au plus près des gens.

C’est d’ailleurs ce qui amène Jacques une demi-heure plus tard, qui arrive dans la Maison des Habitants avec une pochette remplie de documents administratifs… Laurent, employé municipal, s’empresse de lui faire une bonne blague, mais il semble bien préoccupé et sourit simplement avant de lui exposer son problème : il a reçu un courrier de la Préfecture et n’y comprend rien. Il a bien essayé de leur demander directement par mail, mais lui et l’ordinateur… Bref il a besoin d’aide ! Ça tombe bien, c’est pour ça que Laurent est là.

Déployés progressivement, ces services publics de proximités facilitaient maintenant bien la vie à plus d’un habitant ! Photos d’identité, démarches administratives, poste et colis, aides diverses ou encore permanences juridiques ou médicales et jardinier conseil, ces lieux permettaient des services de proximité très variés et utiles.

C’était également là que l’on pouvait s’informer sur la gouvernance de la municipalité, les réunions, les projets en cours, et tout ce qu’il fallait pour une vie publique transparente et pour pouvoir y participer.

Car ces Maisons autogérées étaient aussi et surtout les lieux où se tenaient les assemblées citoyennes régulières, à la base de la nouvelle gouvernance de la mairie. Ces assemblées étaient ouvertes à tous et accompagnées par des facilitateurs volontaires formés, par des élus référents et par des experts dans différents domaines lorsque nécessaire. Elles constituaient le fondement de la démocratie directe qui animait désormais la municipalité, et l’on y discutait régulièrement de tous les grands sujets de la commune.

Ainsi, il est 19h lorsque les premiers habitants arrivent pour l’assemblée qui se tient justement ce soir. Nicole, Michel, Samir et les autres, ont déjà commencé à mettre en place les chaises dans la grande salle. Ils ont posé sur le buffet les premiers plats et boissons pour le repas partagé qui suivra, et qui se garnit déjà au fur et à mesure que les voisins arrivent. L’ordre du jour est connu depuis la semaine dernière, et Nicole a justement eu le temps d’en discuter avec plusieurs personnes durant ses ballades matinales, et a préparé une intervention sur un sujet qui lui semble important. Il est 19h30, quasiment tout le monde est arrivé, les retardataires se glisseront discrètement si jamais, et on peut commencer. La soirée risque d’être très riche, comme à chaque fois… !